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Le véganisme, mort avant d'avoir vécu?

Mis à jour : 19 mai 2019


Depuis quelques années, le véganisme est en pleine croissance et, suite logique de cette poussée, une offre commerciale s'étoffe et se développe. Ainsi, de nombreux produits ont soudain fait leur apparition dans les supermarchés. Tout d'abord, ce sont les supermarchés eux-mêmes qui ont créé leur marque "végétale" et mis sur le marché nuggets, steaks végétaux et autres concepts "fast-food" préférés des consommateurs. On peut ne pas être fan de ce genre de produits industriels mais ces articles ont marqué le départ d'une nouvelle ère en France et la propagation - premier pas, en théorie, vers la normalisation- des produits végétaux et du véganisme. Sur le principe, on aurait pu se réjouir. Mais ca, c'était avant. Ca, c'était la théorie avant que quelque chose de plus pervers et de plus dangereux fasse son entrée fracassante sur le marché. Car, l'industrie laitière et bovine, voyant d'un mauvais œil le développement du véganisme et une partie de leurs revenus diminuer, se sont dit qu'il y avait des sous à soutirer des consommateurs véganes et animalistes. Et, après Herta, Le Gaulois et Fleury Michon en France, la récupération des produits véganes par l'industrie bovine et leurs sbires continue mais de façon plus globale et donc plus inquiétante.


Je regarde de près ce qui se passe en Véganie britannique et américaine et outre la croissance générale du véganisme et la médiatisation des produits "véganes", depuis quelques mois, on observe la multiplication de rachats d'entreprises véganes et la création de gammes "véganes" et végétales par de gros groupes agro-alimentaires et pharmaceutiques : dès 2016, des parts significatives de Beyond Meat ont été rachetées par Tyson Foods, le plus producteur de viande au monde, puis Gardein ont été achetés par Pinnacles Foods, groupe agro-alimentaire spécialisé dans la viande et les produits surgelés. La contagion a continué en 2017 lorsque Daiya a été racheté par Otsuka, industrie pharmaceutique japonaise ayant recours à l'expérimentation animale. En décembre 2018, Unilever, l'une des premières multinationales au monde (leader mondial des produits de grande consommation tels que Dove, Axe, Pepsodent, Magnum et Ben & Jerry's et qui torturent, découpent, injectent et brûlent les animaux dans leurs labos) achetait The Vegetarian Butcher aux Pays Bas et récemment lançait son Magnum végétal. En février 2019, Kerry Foods Group, leader mondial de l'agroalimentaire basé en Irlande, Nestlé le monstre global que nous connaissons tous et Tyson Foods aux Etats-Unis (mentionné plus haut) annonçaient le prochain lancement de burgers et autres produits 100% végétaux, tandis que ABP Foods Group, énorme industrie de la viande européenne basée en Grande-Bretagne, lançait ses premiers burgers "véganes". Et pour finir, KFC viennent tout juste d'annoncer qu'ils travaillent sur des produits véganes et végétariens alors que McDonald's lancent leur burger végane en Europe.


Et en dépit de toute logique ou cohérence, certains disent que c'est une bonne nouvelle, que les véganes sont enfin reconnus, que l'industrie de la viande panique, que c'est le signe que les choses évoluent. Il faudrait apparemment se réjouir que l'une des industries les plus puissantes et les plus sanglantes se mette à faire des burgers végétaux? Je ne me réjouis pas. En fait, je suis non seulement inquiète mais terriblement pessimiste de voir ce qui se prépare si nous, les consommateurs véganes, ne sortons pas de notre torpeur et ne donnons pas un coup de pied au cul à cette naïveté de bisounours. Si les animaux ne peuvent pas compter sur les véganes pour transformer le monde, ils sont foutus, et nous avec. Je suis consternée de lire ces posts émanant de véganes (végétaliens ou végétariens) français, britanniques ou/et américains, félicitant l'industrie laitière ou bovine de proposer des options végétales. Je ne me réjouis pas de voir les consommateurs véganes défendre et acheter les produits de supermarchés de ces infâmes marques qui d'une main créent des produits végétaux et de l'autre continuent d'envoyer des milliards d'êtres sentients aux abattoirs. Ces industries n'ont que faire des animaux ou des véganes. En fait, ils se foutent carrément de notre gueule. Ils surfent la vague végétale pour augmenter leur revenus en saisissant les parts d'un marché en pleine croissance. C'est pourtant simple. Tout comme l'industrie du tabac en perte de vitesse a développé les cigarettes électroniques. Même caisse. Même industrie.


On aurait pu s'attendre à ce que cette méprisable approche froidement cynique et mercantile ne fonctionne pas auprès des consommateurs véganes. Pourtant, quelle est notre réponse? Est-ce que nous boycottons ces produits? Est-ce que nous avons immédiatement réalisé que les produits "véganes" de l'industrie bovine ou laitière font autant partie de cette vile industrie que les carcasses dépecées dans les abattoirs? Est-ce que nous leur faisons savoir que nous ne sommes pas dupes? Non. Non, on se rue dans les hypermarchés et groupes Facebook et autres réseaux sociaux pour poster une photo des derniers nuggets, burgers ou esquimaux glacés. Et on s'extasie, on s’émerveille et on demande où on peut trouver ces merveilles.


Je croyais qu'on était véganes? Je croyais qu'on avait découvert l'immense souffrance animale se cachant derrière les produits bovins et laitiers et que, émus, choqués, enragés, torturés par cette souffrance, on avait fait le vœu de ne plus y participer, de rejeter l'exploitation animale sous toutes ses formes? Je croyais qu'en devenant végane, on s'était libéré de notre ignorance et de notre égoïsme, prêts à conquérir le monde et les étoiles pour libérer les animaux. Que s'est-il passé?


Alors, bien sûr, je comprends que de voir apparaître tous ces produits dans le désert végane des supermarchés soit tout d'abord excitant. On a envie de goûter, d'être optimiste, d'imaginer que la fin de la souffrance animale est en marche. Il est vrai par ailleurs que l'on ne sait pas toujours qui se cache derrière certaines marques cependant l'accès à l'information est facile grâce au net et réseaux sociaux et nous, en tant que véganes, avons l'habitude de chercher et confronter l'information. Une fois que l'on sait, il devrait être clair qu'acheter ces produits qui bénéficient directement ces industries est inacceptable, si l'on est sérieusement opposé à l'exploitation animale. Il y a encore peu de temps, lorsque des gens responsables et informés voulaient pour faire bouger les choses et dénoncer un produit, une organisation ou même un pays, ils utilisaient l'un des moyens les plus puissants et persuasifs à leur disposition: le boycott, l'outil de sanction économique des consommateurs. Pourtant, au lieu d'assener un coût économique à ces abjectes industries, ceux-là mêmes qui devraient être les premiers à boycotter et dénoncer ces produits continuent de les engraisser et donc de contribuer à l'exploitation animale. Les ventes du lait (de vache) aux USA ont dégringolé de $1.1 milliard en 2018 par rapport à l'année précédente et ce serait dû aux véganes. Excellente nouvelle ! Ces industries sont en perte de vitesse, leurs revenus réduits et leur futur incertain. Laissons-les couler au lieu de leur donner une bouée de sauvetage et de leur permettre de continuer à vivre grâce à notre argent !!! Il y a d'autres façons de participer à l'exploitation animale qu'en mangeant un steak ou un yaourt. Acheter leurs produits "véganes", c'est les soutenir. Acheter leurs produits "véganes", c'est leur fournir une bouée de sauvetage. Acheter leurs produits "véganes", c'est leur donner les moyens de continuer à tuer les animaux.


Et quand des véganes - heureusement nombreux - expriment leur opposition à l'achat de ces produits, d'autres nous rétorque que ces industries vont changer d'attitude et devenir véganes (!), que c'est une géniale opportunité pour faire de la pub au véganisme, ou encore, summum du fallacieux et du répugnant, on se fait insulter et accuser d'être élitiste.

Le véganisme en tant que vertu absolue ne peut bien sûr pas exister car nous ne sommes pas dans une société végane et il est difficile d'éviter de faire fonctionner des entreprises ou organisations qui ne sont ni véganes ni éthiques (supermarchés pour acheter de la litière pour ses chats ou du papier hygiénique, pompe à essence pour se déplacer, banque pour y avoir un compte, payer ses impôts au gouvernement etc...). Néanmoins, se dire végane et engraisser directement les entreprises dont c'est le business d'élever et de tuer des animaux est contradictoire, naïf et surtout tragiquement préjudiciable à la cause animale. Sans oublier que pendant ce temps, des gens, en France et ailleurs, font d'immenses sacrifices pour créer leur entreprise végane et - pour certains - se voient en difficulté car les clients préfèrent acheter à l'industrie agroalimentaire et ses prix hors concurrence contre lesquels il est impossible de se battre. Non, refuser de soutenir les industries contre lesquelles on est censé se battre n'a rien d'élitiste. C'est être cohérent et intègre. C'est être végane et pas juste végétalien. Refuser de bouffer un steak ou un Livarot mais leur donner nos sous pour manger les steaks ou glaces végétales qu'ils fabriquent est simplement pervers et incohérent. C'est comme ceux qui se disent écolo mais qui utilisent Monsanto. C'est faire marcher le commerce en se foutant de la gueule des animaux. Depuis quand l'intégrité est-elle devenue un vice?


Si cette tendance continue, si le véganisme est voué à une mort certaine pour se réincarner en végétalisme, la plupart des magasins et entreprises véganes indépendants fermeront ainsi que certains le prédisent déjà. Le "véganisme" du futur signifiera faire ses courses en hypermarchés en donnant son argent à l'industrie laitière, bovine et pharmaceutique. Les animaux continueront d’être martyrisés et tués, abandonnés par ceux qui devaient les libérer mais trop occupés à bouffer de la glace ou un burger végétal. Une dystopie tout à fait envisageable si nous ne faisons pas les bons choix dès maintenant. Ne pas consommer de produits animaux n'est pas un sacrifice. Celui de ne pas consommer les produits "véganes" créés par les industries qui exploitent et tuent les animaux ne devrait pas l'être non plus. Un peu de cohérence et d'intégrité par pitié. Pour les animaux.

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